Globo Dikulu : une action exemplaire initiée par des artistes en Angola

cartaz-festeca-2015-2-727x1024Nos amis angolais de l’association Globo Dikulu ( « Action globale »), acteurs du congrès, organisent du 10 au 19 juillet à Cazenga la dixième édition de leur Festival international de théâtre, connu sous le nom de Festeca. Cazenga est une banlieue célèbre de Luanda pour de bonnes et de moins bonnes raisons : elle possède le seul vrai théâtre de la capitale et Festeca jouit d’une réputation d’excellence dans tout le pays ; mais dans l’imaginaire des Luandais, elle demeure la zone la plus mal famée de la ville.

En effet, cette zone maraîchère aux abords de la capitale a été le refuge privilégié de populations déracinées qui ont quitté les provinces du pays avant même l’indépendance (l’Angola a été colonisé par le Portugal au 16è siècle) puis durant la longue guerre civile (1975-1992).qui a suivie la conquête de l’indépendance.

Orlando Domingos habitait avec sa famille le petit bourg de Cazenga qu’il a vu grossir au fur et à mesure de l’arrivée des réfugiés. En 1993, il n’existait aucune infra-structure qui puisse améliorer les conditions de vie des habitants : pas de réseaux d’eau, d’assainissement, d’électricité, pas d’écoles… C’est ce contexte qui a poussé Orlando,ses frères, ses amis, une poignée de jeunes étudiants et artistes,à s’engager dans une action culturelle et éducative. On peut dire qu’ils ont créé Globo Dikulu à cause de la quantité d’enfants de Cazenga qui n’avaient pas accès à l’école à l’époque. Or, depuis 1993, la densité de la population a continué d’augmenter de façon spectaculaire ; la ville compte aujourd’hui deux millions d’habitants ; et l’association s’est développée au même rythme pour répondre aux besoins croissants des habitants.

Leur action a commencé et continue en plein cœur de Cazenga, dans un quartier alimenté en électricité depuis depuis deux ans à peine. “Mais cette pauvreté de moyens ne nous a jamais empêchés de prendre des initiatives et de réaliser nos projets” rappelle Orlando.

Un espace dédié aux enfants a d’abord été créé avec le soutien de quelques ONG, puis est né le Centre d’animation artistique Animarte en 1996. Vingt ans plus tard, l’association a construit et anime une bibliothèque, un théâtre de 300 places, des espaces de travail qui accueillent toute l’année des ateliers d’arts visuels, danse, poésie, percussions, une cuisine et un lieu de restauration.

Globo Dikulu vit grâce au volontariat et aux contributions de ses membres, il faut le souligner, grâce aussi à des campagnes de parrainage et des efforts constants pour obtenir le soutien d’institutions et d’ ONG. L’enjeu actuel est la reconnaissance d’utilité publique, étape incontournable pour la communication et l’obtention de subventions publiques.

 Les débuts de Festeca, il y a dix ans, ont été modestes. Les troupes participantes s’étaient toutes constituées à Cazenga sous l’impulsion des actions de formation animées par l’association. Le projet a été suivi cependant par l’ONG Afrique-Suède. Depuis, de nombreuses troupes sont apparues et se sont développées à Luanda. Au début, l’objectif était de mettre en scène les tragédies qui frappaient la population de Cazenga : la prolifération du Sida, la misère matérielle, l’errance des jeunes etc… Cependant, cette orientation sociale a été abandonnée pour laisser la place à de libres créations. La participation d’une troupe brésilienne en 2008 a lancé le festival sur le plan international. En juillet 2015, un festival de danse viendra s’ajouter à celui de théâtre.

Je suis portugais vivant en France, formateur en expression théâtrale à l’association Fra Angelico ( Paris) et à l’Académie internationale de Théâtre pour enfants ( Domaine du Tournefou). En 2009, j’ai été invité par la Direction de la Jeunesse et des Sports d’Ile de France à participer à un programme d’échanges culturels et artistiques réunissant Français et Lusophones du Portugal, d’Angola et de Sao Tomé. C’est ainsi que j’ai rencontré Orlando Domingos. J’ai tout de suite été interpellé chez lui par l’alliance entre sa grande conscience politique et éthique et sa vision d’artiste ; Orlando et ses amis appartiennent à une génération qui a dû très tôt se situer face à la corruption, la violence, les abus de pouvoir, et ils ont choisi de le faire par l’art et l’action culturelle. Notre rencontre a donné naissance à une amitié profonde et à un partenariat continu depuis 2009 entre nos trois associations pour la formation artistique des jeunes et des enfants de Cazenga.

J’ai animé là-bas à trois reprises des stages d’expression et de création théâtrale pour plusieurs dizaines d’enfants et de jeunes : West Side Story, Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson, Orfeu Negro. En août 2013, enfants et jeunes de Cazenga ont participé avec des français, des belges et des portugais au stage d’été de l’Académie internationale de Théâtre pour enfants franco-lusophone qui a eu lieu au Portugal. L’objectif de Globo Dikulu est de créer avec nous, en Angola et au Portugal, une Académie Internationale de Théâtre pour enfants lusophone.

Les enfants et les jeunes angolais ont sur scène une qualité de présence, une capacité d’émotion, un appétit de vivre qui sont un enseignement pour nous européens. A les voir travailler, j’ai réalisé quelles richesses culturelles, artistiques et humaines l’Afrique doit nous apporter et je me suis demandé comment notre vieille Europe pourrait se renouveler sans elle.

Orlando et deux membres de Globo Dikulu ont participé au congrès de Barcelone en 2011 ; ils n’ont pas pu nous rejoindre à Montréal comme prévu à cause de difficultés de visas, mais comptent bien être présents à la prochaine rencontre internationale, en 2016.

Les responsabilités d’Orlando se sont élargies au-delà de l’association Globo Dikulu. Aujourd’hui inspecteur de l’éducation nationale, il s’est aussi formé en droit et en économie. Après s’être consacré 30 années durant à l’éducation, il se prépare avec sa femme, médecin, à un autre vaste chantier : celui de l’amélioration de la santé.

 Francisco Marques

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2 commentaires

  1. Yvon MWANZA

    Svp C’est Yvon, président et metteur en scène de la Compagnie Culturelle Rubil-Africa, une Compagnie de théâtre, résident dans la ville de Lubumbashi en RDCONGO, une troupe affiliée à la Grande entreprise du Congo « Gécamines », une troupe qui particé à plusieurs festivals internationaux de théâtre dans plusieurs pays, en détail prochainement.
    Je sollicite de vous les informations sur votre festival et comment y participer.
    Merci et cordialement.

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