La beauté, manifestation de la relation entre l’homme, le cosmos et le divin

IrisPortrait1« La beauté, une alternative au mythe du progrès », c’était le titre de la dernière réunion plénière du Congrès à Montréal. Et bien entendu nous sommes loin d’avoir épuisé le sujet ! Mais qu’est-ce que cela veut dire au juste, pour vous, pour moi ? C’est quoi cette Beauté qui prétend sauver le monde, à l’heure de la folie meurtrière, du fanatisme galopant, de l’impuissance des gouvernants à retenir la déferlante du réchauffement de la Planète ?
C’est une conviction intime, certes, au cœur de ceux qui se reconnaissent de ce courant, de cette aventure, que « La Beauté sauvera le monde » et en même temps, une conviction qui demande à être en permanence partagée, risquée, renommée, sans quoi elle devient son contraire : une abstraction, un slogan de plus, un rêve.
Ce que l’on peut espérer, à la suite de la COP21 ou dans les cœurs meurtris par les événements qui obsèdent nos écrans et nos nuits, mais aussi grâce à des impacts comme celui de l’encyclique Laudato si, c’est une prise de conscience, à une échelle plus élargie, de la relation entre l’homme, le Cosmos et le Divin, celle dont nous a parlé Agusti Nicolau Coll, lors de la table ronde du 9 octobre à Paris. Cette trinité, même si on a tenté de l’oublier ou de la nier, pourrait s’imposer de plus en plus à tous et surtout à chacun, personnellement. Pour certains, héritiers de la tradition judéo-chrétienne, elle semble tellement inscrite, « habituée » qu’elle a un peu déteint et qu’il est urgent de lui redonner ses couleurs ; pour d’autres au contraire, plus nombreux qu’on le croit, cette vision de l’homme relié commence à pointer comme une nécessité intérieure, un besoin de comprendre, un désir de revenir au cœur, à l’essentiel. On la retrouve même, nous dit Raimon Panikkar « dans la plupart des cultures du monde, au point de pouvoir affirmer qu’il s’agit d’un invariant culturel et, en conséquence, d’un invariant humain ».
Le trois ne s’impose pas, il invite, il s’ouvre, il fait sortir de la dialectique ou du moins il l’amène plus loin. Il laisse la place à l’autre, au silence, à la communion.
Et c’est bien de cela qu’il s’agit en fin de compte. Après la chute des illusions idéologiques ou institutionnelles, reste une société qui n’est bientôt plus qu’une communauté d’hommes, de femmes, d’enfants un peu perdus et – non pas mais – et qui a l’avantage, l’énorme avantage de ne plus pouvoir se maintenir par l’extérieur, par un carcan artificiel. Il n’y a bientôt plus que la richesse de la présence de chacun, avec son talent, sa couleur unique et indispensable et aussi sa blessure intime, que l’on puisse reconnaître comme fondement de la société, force de proposition capable d’inventer et de trouver, de créer et … de sauver. Et aussi, et surtout il y a la relation désintéressée, le besoin vital de l’autre. Ce dépouillement qui nous oblige à changer de relation à nous-mêmes, aux autres et au monde, à devenir ensemble des contemplatifs, n’est-il pas une espérance pour notre monde, qui nous arrive par là où on ne l’aurait pas imaginé ?
Je crois que l’acte artistique permet ou plutôt demande de se situer au centre de cette trilogie cosmo-divino-humaine, c’est du moins l’expérience, plus ou moins consciente qu’il fait faire à l’artiste comme à celui à qui il s’adresse. Si la Beauté nous touche tant, c’est qu’elle crée en nous presque à notre insu, cette réconciliation, cette œuvre d’unification, ce « trois en un » ! L’originalité du Congrès est de poser ensemble cet acte artistique, ou du moins cet acte symbolique, de croire à la communion en acte entre personnes aussi diverses en âges, ethnies, capacités intellectuelles, talents, croyances, d’en goûter le fruit et d’en offrir le rayonnement et les initiatives concrètes qu’il ne manquera pas d’engendrer.
Si donc le Congrès prétend manifester quelque chose de la beauté qui sauve, il se doit d’être artistique pas seulement dans ses propos, ou à travers des soirées et des expositions, mais en lui-même. En marche, donc !

Iris Aguettant

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