La confiance, terreau de l’humanisation.

Vézelay, le 21 octobre 2016

« Je suis à Vézelay pour vivre cette atelier de création du congrès. Je redécouvre ou découvre tout bonnement, je ne sais, cette petite cité bâtie sur la colline, avec au cœur, la basilique, elle-même construite sur la crypte où sont déposées les reliques de Marie-Madeleine.

Je pressens que je suis invitée à un rendez-vous, ou plutôt à vivre une rencontre. Alors je me laisse imprégner, j’essaie de laisser faire, d’accueillir. Alors commence en moi un travail intérieur. Et je m’émerveille de ce qu’ont posé les bâtisseurs, de leur intelligence.

En pleine méditation sur l’architecture de notre centre avec tous ceux engagés avec moi dans l’édification de « L’Hospitalité de la Beauté » près de Toulouse, nous qui venons d’ouvrir le sol pour les assainissements, de réaliser les premiers tracés d’un chemin de retournement, qu’avons-nous à recevoir de ce lieu, quelle parabole veut-il nous délivrer pour notre aujourd’hui ?

C’est la respiration, entre le dehors et le dedans, entre la nature qui porte les couleurs de la saison et se prête au rythme du temps, entre le bâti et la vie intérieure avec ses combats les plus secrets et obscurs, qui tout d’abord m’arrête, m’interpelle, m’invite au silence.

Au commencement, il y a un effort, un désir, au moins le désir du désir, qui malgré tout est inscrit au plus profond. Un désir qui nous met en marche, un appel vers « on ne sait quoi » … La Beauté, l’Amour, l’Autre, …tout ce qui peut combler notre soif d’absolu, parce que nous savons bien, parce que tout de notre constitution corporelle, sensorielle, affective, intellectuelle nous apprend que nous sommes des êtres de relation ; que seul, que par nous-mêmes uniquement, rien n’avance, rien ne se transforme vraiment. Nous demeurons dans le même, le connu. Nous faisons du sur place, voir nous reculons.

Quand je suis au pied du tympan et que je regarde le chœur de la basilique, je me sens comme une enfant au seuil de ses premiers pas. Je suis là, debout et je me sens appelée. Un chemin a été tracé qui m’invite vers la lumière, comme les bras d’un père ou d’une mère invitent à prendre le risque du déséquilibre, de la chute, de la traversée.

CONFIANCE, aliment du DÉSIR, qu’il faut sans cesse revivifier, car elle a été abîmée par la vie, mise à l’épreuve, car elle est malmenée par notre société où l’on apprend à nous méfier, où il est bon de se protéger de l’autre, où le mode de relation est généralement contractuel, basée sur la défiance et non sur une alliance.

CONFIANCE, terreau indispensable à toute transformation, à toute humanisation.

C’est le premier acte que nous ayons à cultiver dans notre Hospitalité de la beauté, dans le chemin « initiatique » que nous proposons. Vivre de cette confiance, cadeau à accueillir. La confiance nous permet de nous poser en l’autre, de respirer, de ne plus chercher à affirmer quoi que ce soit, de quitter toute forme de revendication, de statut. Il n’y a rien à prouver, il suffit d’éprouver, de vibrer. Il s’agit d’Être, être chacun qui nous sommes simplement et vraiment, être ensemble.

Si l’acte thérapeutique consiste à prendre soin de l’être, alors il nous appartient de cultiver cette qualité d’être pour que jour après jour elle prenne forme. Là réside l’ascèse de notre équipe, la source de notre praxis car ce chemin de confiance est appelé à être aussi net que celui tracé dans la basilique, visible, sensible pour que chacun se sente invité à l’emprunter.

Dans notre projet architectural, notre ligne est de proposer « une architecture qui guérit »

Je me dis toujours que le premier pas vers la guérison est l’ouverture, le risque, fruit du désir qui me donne l’audace, le courage de me remettre à quelqu’un, d’accepter de DIRE quel qu’en soit le mode et la manière, le mal dont je souffre.

C’est déjà un chemin énorme de reconnaître, de commencer à accepter qu’il y a dans mon existence une pierre d’achoppement, que je ne peux pas franchir seul, un obstacle avec lequel je me débats. Il peut s’appeler ILLUSION, VANITÉ, PEUR,

Ce sont tous les veaux d’or que nous nous construisons.

Ce travail de la CONFIANCE, nous place dans une relation véritable, c’est celui de l’ALTÉRITÉ. Il nous fait entrer dans le SACRE inhérent à tout agenouillement.

Il y a des rites dans le soin que j’aime à revisiter. Par exemple, le lavement des mains du médecin avant l’auscultation qui va bien au-delà d’un acte simplement mécanique ou hygiénique. J’ai moi même besoin de rites avant de recevoir quelqu’un, de me préparer intérieurement, de faire silence. De même dans le travail d’expression théâtral, il y a une préparation pour entrer sur scène, dans la lumière.

Choisir de vivre une relation c’est se rendre vulnérable. Il y a un dénuement à vivre, un dépouillement, s’approcher du vide du cœur dont parlent les hésychastes. Il y a une traversée, comme celle à vivre dans la basilique, balisée pas les différents chapiteaux.

Ce dénuement nous libère de la tentation d’exercer sur l’autre un POUVOIR, d’appliquer un SAVOIR, qui lui resterait extérieur sans que lui-même trouve la clé. Ne pas déposséder l’autre du chemin de sa guérison, de création, mais être là simplement, Révélateur, Passeur.

Un jour Valentine me dit «  Je m’humanise ». Je lui demande ce que cela veut dire pour elle. Elle me répond : « J’apprends à faire ce que l’on me demande, pas seulement ce qui me plaît ». Je comprends alors qu’elle a commencé à saisir que la voie de l’autre, que l’abandon de son seul plaisir ou vouloir ouvrait en elle un autre chemin.

Je viens de terminer un livre d’Hervé Clair « Dieu par la face Nord », livre où il interroge les grandes religions notamment l’Islam et l’Hindouisme. Dans les dernière pages il écrit : « J’accepte mon obscurité, c’est le seul moyen que j’ai trouvé d’y voir clair. Et il m’arrive aussi en faisant des efforts, d’accepter celle des autres : quelle lumière on y découvre alors ! » .

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