Le congrès se met en place : chronique de voyage

Le congrès qui était actif depuis quelques années à travers des rencontres informelles a pris racine au Québec en 2009 quand une première rencontre nord-américaine a rassemblé plusieurs dizaines de personnes durant trois jours à Neuville, petite ville à 20 kms de Québec sur les bords du Saint-Laurent, où se trouve le siège de la corporation interculturelle Espace-Art-Nature, acteur du congrès, au lieu-dit du Vieux Couvent. Cette rencontre a suscité à travers la Belle province un réseau de personnes dont certaines sont mobilisées depuis plusieurs mois sur la préparation du rassemblement international de 2014.
Claire atterrit le 30 mai à Montréal où elle rencontre avec Jean-Noël Patrice Brodeur, professeur à l’Université de Montréal, titulaire de la Chaire de recherche du Canada Islam, pluralisme et globalisation, intervenant au congrès de Barcelone 2011, Jacques Dufresne , fondateur avec Hélène Laberge de l’encyclopédie électronique L’Encyclopédie de L’Agora, intervenant au congrès de Valmeinier en 2007, Gerald Larose, recommandé par un ami français.

Neuville
J’arrive le 7 juin  au Vieux Couvent : au sein de Espace- Art-Nature, il abrite la Compagnie de marionnettes Le chemin qui marche. J’y retrouve Jean-Noël, Isabelle Forest, comédienne, Bénédicte Guillon-Verne et Pierre Bérerd, marionnettistes. Arrive une « gang » d’amis qui vient les aider à soulever deux poutres de quelques centaines de kg: le Vieux Couvent réaménage une grande salle d’accueil et des bureaux. Le soir, surprise : la gang chante à quatre voix, à l’impromptu, des ballades du nouveau monde. On aime chanter au Vieux couvent, et Jean-Noël, animateur culturel et guide en nature sauvage, est aussi un bon chef de chœur…

Agusti Nicolau Coll est venu pour quelques jours. J’ai déjà entendu parler de lui et ne suis pas déçue de faire sa connaissance.  Je m’associe à la conversation qui s’engage sur la fin de la modernité avec lui et un autre ami, Daniel Fradette , animateur de la vie étudiante à l’université Laval, il était présent au rassemblement international de Barcelone …..: «  Le changement à rechercher est celui de notre façon d’être au monde, c’est une métanoïa… Le mouvement de l’extérieur à l’intérieur n’est pas équivalent au mouvement inverse…. Il existe un lien entre l’intériorité, le fait d’être centré, et l’ouverture cosmique…. Tout ce qui existe porte la trace du sacré… » Nous évoquons longuement avec Augusti Raimon Pannikkar dont il a été le secrétaire particulier : «  Le théâtre du changement, c’est la contemplation. »
Laurent Gagnon, coordonnateur pour le Québec du mouvement Initiatives et Changements , nous rejoint à son tour. Jean-Noël et lui sont à l’initiative du Projet Citoyen : Forums de rencontre, d’écoute et de dialogue et création de cercles de confiance, qu’ils ont mis en œuvre en lien avec la Commission de Vérité et de Réconciliation, sur la question pan-canadienne des pensionnats indiens, suite aux excuses présentées par le gouvernement canadien aux amérindiens pour avoir enlevé des milliers d’enfants à leurs familles et les avoir placés de force dans des pensionnats. Fils de bûcheron, Laurent fait descendre à une sacrée vitesse le tas de bois à fendre qui attendait dans le jardin du Vieux Couvent. En écoutant ses coups de hache, je pense à Menaud maître draveur. Laurent pense que le Jardin Botanique à Montréal serait un lieu de rencontre idéal pour le congrès…

Les marionnettistes nous offrent l’esquisse de leur prochaine création. Nous voyageons toute une soirée au rythme de bois flottants déposés par le Saint-Laurent sur ses rives, dont les formes étranges deviennent vivantes dans les mains de Bénédicte et de Pierre.

Vient dîner l’ami Jean-François Vézina , que je n’avais pas revu depuis le congrès de Louvain La Neuve en 1998, mais dont je n’avais pas oublié l’intervention : «  Plus l’être est unifié, moins l’autre est une menace.» Psychologue, écrivain, musicien, conférencier, il aime libérer la parole authentique par le jeu des mots. Animateur dans l’âme, il concocte des rencontres publiques à l’automne à Québec, préparées sur internet, pour donner la parole sur la rencontre, le rapport au temps, la vie symbolique…

Montréal 
Nous allons visiter le fameux Jardin botanique. 75 hectares dans lesquels se succèdent une trentaine de jardins du monde : japonais, chinois, alpin, amérindien… et dix serres d’exposition. Nous faisons cette visite alors que se met en place l’exposition Mosaïcultures internationales, grandes sculptures végétales d’une extraordinaire poésie. Nous rêvons d’une journée de rencontres dans cette oasis… Montréal est une ville agréable à habiter : rues plantées d’arbres devant chaque maison, grands parcs, promenade aménagée le long du port… Sur la Place des Arts, le Festival des Francofolies bat son plein avant celui du Jazz, puis celui du cirque…. Nous nous arrêtons au bord du Saint-Laurent devant les rapides de Lachine : les québécois l’appellent « le fleuve », les autochtones : « le chemin qui marche ». Nous le regardons longtemps, silencieux. Je pense à l’humilité de nos amis amérindiens face à la création, à leur sagesse que nos ancêtres européens n’ont pas su comprendre alors qu’elle aurait pu rendre notre développement durable depuis quatre siècles.
Le cinéma québécois que nous découvrons durant notre séjour exprimerait-il cette humilité retrouvée ?  En voyant le dernier film de Bernard Emond, Tout ce que tu possèdes, nous imaginons que notre rencontre sur la fin de la modernité pourrait commencer par sa projection. A écouter en ligne, un entretien où Bernard Emond parle de ce film

Au cœur du quartier des spectacles et du centre-ville, l’un des plus anciens lieux culturels de Montréal et l’un de ses acteurs les plus importants avec plus de 50 000 visiteurs par an, le Gesù collabore aux événements majeurs qui font la réputation de la ville. Sous l’église construite en 1865 et classée Immeuble patrimonial, le centre culturel offre deux auditoriums, une salle d’exposition, un hall polyvalent. Il a reçu durant l’été 2012 un des forums du Projet citoyen et l’équipe de direction envisage avec enthousiasme la possibilité d’accueillir les rencontres plénières et les soirées artistiques d’août 2014.

A la recherche de lieux d’hébergement nous visitons les résidences universitaires alentour : nous apprécions davantage celle de l’Université du Québec à Montréal dont les chambres agréables, regroupées autour de petits salons conviviaux, devraient faciliter les rencontres informelles entre les congressistes.

Les Laurentides
Notre ami Gaston Pineau nous accueille avec sa femme Françoise dans leur chalet, dans les montagnes des Laurentides. Gaston est enseignant-chercheur en science de l’éducation et en science sociale, professeur émérite à l’Université de Tours, explorateur et promoteur de la recherche sur la transdisciplinarité, l’auto-formation, les histoires de vie, les théories post-modernes de la formation. Son dernier livre, Rendez-vous en Galilée, chronique de son voyage à vélo autour de la Méditerranée est un modèle de transdisciplinarité. Il était présent au congrès de Barcelone en 2011. Françoise est sociologue et je dévore sa biographie de Marie de l’Incarnation, venue de Tours en Nouvelle France au 17ème siècle, sans qui la ville Québec n’aurait probablement jamais vu le jour. Nous parcourons en canot sur quelques kilomètres la Rivière rouge qui coule en bas du chalet, dans le silence d’une nature quasiment vierge, sillonnée durant des siècles par les Algonquins, défrichée arbre après arbre par les colons français…
A quelques kilomètres de là nous allons rendre visite chez eux à Dominique Rankin et Marie-Josée Tardif, déjà rencontrés par Jean-Noël et Laurent Gagnon dans le cadre du Projet citoyen. Chef héréditaire et homme-médecine algonquin, Dominique a publié avec Marie-Josée une autobiographie qui est un enseignement sur la guérison intérieure et le pardon. Nous parlons longuement avec eux de ce livre  On nous appelait les sauvages et du congrès. Dominique est prêt à vivre avec les congressistes une cérémonie sacrée dans le jardin autochtone du Jardin botanique.
En partant, Isabelle me remet un livre de son ami poète Jean-Noël Pontbriand, Les mots à découvert, que je n’ai pas fini de méditer et que je recommande à tous les professeurs de littérature, et à ceux qui viendront participer au congrès de Montréal, comme une autre clef de la culture québécoise.
« J’ai fait de plus loin que moi un voyage abracadabrant
il y a longtemps que je ne m’étais pas revu
me voici en moi comme un homme dans une maison
qui s’est faite en mon absence
je te salue, silence.
je ne suis pas revenu pour revenir
je suis arrivé à ce qui commence. »

L’homme rapaillé de Gaston Miron

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