L’homme et le cosmos, peut-on se contenter d’une écologie humaniste ?

table ronde 9octobreLa table ronde réunissant Agusti Nicolau Coll,  historien catalan de Montréal, et François Euvé, prêtre jésuite français, a réuni environ 150 personnes ce vendredi 9 octobre à Paris. (cf. présentation dans l’article de ce blog)

Pour explorer cette question complexe, le parti avait été pris de prendre comme toile de fond l’évolution du rapport de l’homme au cosmos dans les sociétés occidentales depuis le Moyen-Âge.
Un premier diaporama a évoqué la vision médiévale, à travers le « tapis de la création », tapisserie évoquant la création du monde, créée au XIè siècle en Catalogne à Gérone, et deux œuvres inspirées des visions d’Hildegarde de Bingen, la création du monde et la Trinité.
Ces images introduisaient le dialogue entre les deux intervenants.
Le monde médiéval, roman, est symbolique et christocentrique. L’homme y est en relation avec le divin via le cosmos. Pas de dualisme à cette époque, mais une continuité et une communion entre l’humain, le cosmique et le divin, entre le profane et le sacré. Le temps y est circulaire, à l’image du regard qui contemple le ciel.

Avec le monde gothique apparaît , grâce au développement des techniques, une capacité de transformer la nature, et une séparation des pôles humain et divin. Alors que dans le monde roman, le ciel englobe la terre comme une enveloppe protectrice, dans le monde gothique, l’homme tend vers le ciel en s’élevant grâce à des prouesses techniques (cf. églises romanes et gothiques).

La Renaissance était introduite par un second montage audiovisuel, donnant à voir, au plafond de la Chapelle Sixtine, la création du monde vue par Michel-Ange. Cette fresque est très représentative d’un monde centré sur l’humain, empreinte de puissance. Pas d’amour ici dans la relation de l’homme avec son créateur. La figure du Père est dominante, l’homme est écrasé par la faute originelle. L’amour et la connaissance sont disjoints, et l’homme va chercher à contrôler la création devenue menaçante par la science et la connaissance. « Nul n’a vu le Père, sinon… Michel-Ange« , a ajouté A. Nicolas Coll avec humour.  L’humanisme va engendrer une civilisation dans laquelle l’homme s’auto-construit et dans laquelle il devient  le début et la fin de toute chose, sans que soit prise en compte le reste de la réalité. C’est précisément ici que l’humanisme doit être dépassé.

Puis l’écoute d’un texte de Pierre Teilhard de Chardin, « Puissance spirituelle de la matière » a permis d’introduire un nouveau regard sur la relation entre l’homme et la création, au début du XXè siècle. Pour Teilhard de Chardin, la vie fait le lien entre l’homme, la matière et le divin. Il marque un début de réconciliation avec le cosmos.
Un texte de Raimon Panikkar sur la Trinité ouvrait ensuite à la pensée de ce grand théologien catalan: « La Trinité nous révèle qu’il ne faut pas substantialiser ni Dieu ni la Réalité, puisque leur nature est primordialement relationnelle. » On retrouve selon lui « l’intuition trinitaire dans la plupart des cultures du monde, au point de pouvoir affirmer qu’il s’agit d’un invariant culturel et, en conséquence, d’un invariant humain ».  Le sujet de la Trinité n’est pas seulement Dieu, mais la réalité toute entière, nous a expliqué A. Nicolau Coll, non seulement la réalité divine, mais la relation entre cosmos, humain et divin . Cette perception est pour lui, la seule capable de donner un avenir à l’humanité, dans la phase actuelle de son évolution. Elle fait comprendre à l’homme qu’il y a en lui l’humain, mais aussi du cosmique et du divin, et lui permet d’en faire l’expérience, en vivant ces trois composantes en relation constante.
Voilà pourquoi il est essentiel de sortir de l’humanisme qui a façonné la Modernité ; il porte en lui sa condamnation parce qu’il nie les deux autres dimensions qui composent le réel.

Ces propos, ainsi que les différents apports artistiques de la soirée ont été filmés et peuvent être visionnés sur le  lien suivant.

Claire Fabre

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