Quand l’univers dévoile l’humanité

« Dessine-moi l’Univers, l’Univers tel qu’il t’apparaît, tel que tu le vis et le ressens. Il n’y a pas de mauvaise réponse… »

dessin cosmos

C’est sur cette proposition que s’est ouverte la rencontre du congrès à Perreuil  en cette fin octobre. Ce n’était pas la première fois que nous proposions cette expérience et j’ai été à chaque fois saisie par la multiplicité des dessins. Comme si la multitude des visions pouvaient nous laisser entrevoir l’humanité de chacun l’espace d’un instant. Notre humanité nous lie à l’Univers et donne un visage unique à celui-ci, à chaque fois différent et à chaque fois révélateur de ce qu’est l’Univers.

Ce qui m’intéresse dans la science n’est finalement pas tellement la réponse qu’elle apporte mais plutôt les questions qu’elle peut susciter, chez moi et chez les autres. Quand nous nous mettons à échanger autour de l’Univers, du temps, de l’espace, les questions émergent… le silence également… Parfois, la science nous met face à des réalités abstraites, déconcertantes. Se laisser imprégner par ces questions, les laisser résonner ainsi que des bribes de réponses que la science nous propose aujourd’hui.

L’expérience s’est poursuivie pendant cette préparation au congrès. Nous nous sommes risqués à partager le silence, un silence qui n’est pas vide mais habité et duquel peut émerger la parole.

 « Comment faire pour vivre avec des personnes que l’on n’a pas choisies ? », « Quelle réponse donner face au tas de papiers et de conditions qu’il faut remplir quand on entreprend un projet d’architecture ? »,« L’Univers s’étend-il vraiment ou il y a plutôt de la matière qui est créée ? »,…

L’infiniment grand et l’infiniment petit sont deux réalités qui semblent s’opposer et pourtant… Ces deux mondes peuvent se décrire par une approche unique et mathématique qui recèle ses propres richesses malgré une apparente aridité. En effet, la méthode scientifique nous offre un certain regard sur la réalité. Cependant, l’interprétation de cette réalité est personnelle et en perpétuelle évolution. C’est dans une optique de partage que nous allons essayer de décrire notre vision actuelle de la science.

Pour nous, la science est une invitation à remettre en question nos croyances, à parfois les abandonner, souvent les dépasser mais aussi à étendre l’horizon de nos questionnements. Ce processus ne va pas sans une certaine attitude intérieure dont, peut-être étonnamment, l’humilité. Même si nous pouvons envisager des théories scientifiques et être persuadés de leur véracité, le résultat des expériences et des observations aura toujours le dernier mot. Nous sommes alors contraints de rejeter nos théories et de trouver de nouvelles conceptions qui, elles, se conforment à l’expérience. L’histoire des sciences regorge d’exemples, illustrant la difficulté de nous défaire de nos anciennes croyances. Ainsi, avant le XVIe siècle, la majorité des savants pensaient que la Terre se trouvait au centre de l’Univers. L’ensemble des planètes ainsi que le Soleil se déplaçaient sur des orbites circulaires, symboles de la perfection du monde céleste. Les observations de plus en plus précises du mouvement des astres ont permis d’établir que les planètes tournaient autour du Soleil en suivant des trajectoires elliptiques plutôt que circulaires. Une telle découverte a eu des répercussions bien plus largement que sur la communauté scientifique : l’homme découvre peu à peu qu’il est fait de la même matière que celle des astres.

L’intransigeance de la nature nous pousse ainsi à adopter une attitude humble et à poursuivre une démarche de remise en question. Le plus difficile est souvent de se poser les bonnes questions même si le développement des outils mathématiques et techniques peut sembler de prime abord compliqué car difficilement accessible aux non-initiés.

sandrineLa multiplicité des phénomènes nous révèle une particularité tout à fait remarquable de la nature : sa cohérence, quels que soient le lieu et l’époque. Ainsi, les mêmes causes semblent donner les mêmes effets – une pomme finira toujours par tomber de l’arbre. Si nous n’observons pas l’universalité de ce phénomène, c’est fort probablement que quelque chose nous échappe.

De plus, la science nous apprend que des phénomènes aussi éloignés que la tartine qui tombe de nos mains et le cycle des jours et des nuits, participent en fait d’une même cause, à savoir la gravitation. Notre expérience de la vie de tous les jours rend ces phénomènes fort éloignés (la nature a de multiples facettes !), mais la science nous pousse à voir une unité, comme si la nature était fondamentalement simple, pour qui s’efforce de le remarquer. Cette tendance nous pousse à penser que nous pouvons décrire un maximum de phénomènes avec un minimum de lois.

Cette universalité s’exprime particulièrement simplement dans le langage mathématique. On y retrouve également des caractéristiques propres à la nature comme l’intransigeance et la rigueur. Par ailleurs, l’histoire nous montre que les développements respectifs des mathématiques et de la physique sont intimement liés.

Certains pourraient penser que cette approche de la nature mènerait fatalement à un désenchantement du monde où l’émerveillement céderait la place à un regard froid et distant. Et pourtant, ce n’est pas forcément le cas. Lorsque nous observons le ciel, les étoiles ne nous apparaissent pas comme une série de chiffres. Au contraire, l’étude de la science enrichit notre vision. Les étoiles nous semblent un peu plus proches et notre regard sur elles prend une autre dimension.

Au final, cette approche rigoureuse et mathématique à laquelle la physique nous invite, nous permet à sa façon de laisser entrevoir quelque chose d’ineffable, qui évoque la Beauté. Non seulement, la cohérence et l’harmonie de la nature font naître en nous l’émerveillement, mais cette approche, de part notre lien intime avec la nature, dévoile partiellement notre humanité.

Sandrine Schlögel et Manuel Tondeur,

Été 2015 et décembre 2016

 

 

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